mai 4, 2008
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Benjamin sentait qu’on mettait ses nerfs à rudes épreuves. Ses enfants se disputaient continuellement, il avait perdu un temps fou à l’enregistrement des bagages à cause d’un employé peu compétent et maintenant, on lui annonçait que son vol était retardé.
- Vous allez vous taire ! hurla-t-il à ses enfants.
Sa femme, Sarah, leur fit signe de se calmer, ce qui eut plus d’effets que toutes ses dernières réprimandes. Ses propres enfants se fichaient de tout ce qu’il pouvait dire.
Accoudé au comptoir d’information, il attendait que la jeune femme en ait terminé avec le couple de retraités pour que ce soit son tour.
- Bonjour, Monsieur. Je suis désolée, mais je ne vais pas pouvoir vous fournir d’informations supplémentaires, car à ce stade, j’en sais autant que vous.
Ses yeux descendirent jusqu’à sa poitrine pour lire son nom. Puis son regard se reposa sur les yeux bleus de la jeune femme.
- Lauren, comment savez-vous que je suis là pour ça ? demanda-t-il d’un ton calme.
- Car vous êtes tous là pour ça.
Le peu de voyageurs que l’aéroport contenait à cette heure-ci se retrouvait agglutinaient au point d’informations. Ils voulaient tous savoir pourquoi leur vol était retardé.
- Si cela peut vous rassurer, aucun vol ne va être annulé pour le moment. Ce n’est pas à l’ordre du jour.
- Pour le moment ? s’écria Benjamin. Et cela est censé me rassurer ? Charmante perspective.
Une voix appela la femme par son prénom. C’était un homme d’une quarantaine d’années, habillé dans un costume deux pièces. Elle lui fit signe d’aller au poste de police de l’aéroport qui se trouvait juste derrière. L’homme lui lança un regard à la fois énervé et exaspéré avant d’y aller.
Lauren ne se retourna même pas vers Benjamin et passa directement à un autre passager. Sa collègue répétait continuellement la même phrase. Il en conclut qu’il ne lui servait à rien de rester là. Il aurait dû prendre des billets dans une plus grosse compagnie. Celle-ci manquait de sérieux et de professionnalisme.
Il se retourna vers sa femme qui tentait de calmer encore une fois une dispute entre ses deux enfants. Il serra des poings pour ne pas s’emporter. Ses deux gosses commençaient vraiment à l’énerver.
Il tira sa fille Charlene par le col de sa chemise.
- Aie ! Arrête !
- C’est toi qui vas arrêter ! cria-t-il. Tu me fais honte ! Comme ton frère ! Vous pourriez essayer de vous tenir convenablement juste 5 minutes. Est-ce vraiment trop demandé ?
Charlene lança un regard noir à son frère avant de lui tourner le dos en boudant.
- Jesse ?
- Quoi ? s’exclama son fils.
- Fais-lui des excuses, ordonna Benjamin.
- Pourquoi devrais je lui faire des excuses ?
- Car je te le demande ! s’écria son père.
Une gamine fixait la scène. Elle devait avoir à peu près l’âge de Charlene, dans les quatorze - quinze ans, mais aucun adulte n’était près d’elle.
- T’as un problème ? la questionna hargneusement Benjamin.
- Ben ! s’exclama sa femme.
La gamine ne bougea pas d’un cil avant que sa mère la tire par sa manche et ne l’entraîne un peu plus loin.
- Éloignons-nous maintenant, suggéra Sarah.
Elle se tourna vers le petit restaurant à quelques mètres d’eux.
- Allons boire un verre, proposa-t-elle. Cela nous rafraîchira un peu les idées.
Son fils haussa les épaules alors que sa fille se rapprocha d’elle et toutes d’eux partir en discutant. Benjamin attrapa son fils par le bras avant qu’il ne s’éloigne trop.
- Vous avez intérêt à rester calmes tous les deux, car je ne suis vraiment pas d’humeur.
Son fils garda une expression impassible.
- Ouais, si tu veux.
Il rejoignit sa mère et sa sœur qui avaient entamé une discussion sur la dernière couleur à la mode.
- Que va-t-on faire, en attendant l’avion? demanda Charlene à sa mère.
- Je ne pense pas qu’il y en ait pour longtemps, ma puce.
Jesse s’assit et sortit son livre de son sac. Sa sœur se pencha pour lire le titre. « Passage ».
- Ça parle de quoi ?
- D’une gamine trop curieuse.
- Jessie ! s’offusqua sa mère.
- Quoi. ? C’est vrai. Bon d’accord, c’est pas le sujet principal, mais c’est pas pour cela que c’est faux. Elle aura qu’à le lire, comme ça elle pourra vérifier elle-même.
- C’est vrai ? s’exclama Charlene. Je veux bien le lire.
Jesse se baissa pour ramasser son sac et en sortit un autre livre qu’il posa sur la table.
- Tu l’as en double ? grimaça Charlene.
- C’est le tome 1, pauvre idiote.
Elle lui tira la langue avant de prendre le livre pour lire le quatrième de couverture. Tous les moyens étaient bons pour se rapprocher de son frère. Ses parents se disputaient pratiquement tout le temps, et l’ambiance à la maison était très tendue. Elle aurait aimé que tout redevienne comme avant, où tout était plus simple. Mais c’était impossible. Jesse était déjà solitaire avant, la situation n’avait alors fait qu’empirer.
Mais quand elle avait un problème, quand elle avait envie de parler, il était toujours là pour elle. Ils se serraient les coudes tous les deux. Après tout, s’ils ne pouvaient pas compter sur leurs propres parents, ils pouvaient compter au moins l’un sur l’autre.
Son père vint s’asseoir après avoir été au bar commandé les boissons. Jesse regarda ses parents tentant de faire semblant. Puis, il observa sa petite sœur en train de siroter son cola.
- Benjamin ?
C’était une voix féminine qui lui était familière. Il se retourna pour voir Summer afficher un grand sourire.
- Summer, qu’est ce que tu fais là ?
Il se leva pour l’embrasser. Sa famille regarda la scène en s’interrogeant. Aucun d’eux ne la connaissait.
- Je vais rendre visite à ma famille. Mais pour le moment, je suis bloquée au sol. Et toi que fais-tu là ?
- Eh bien, je pars en vacances. Avec ma famille.
Il se rappela soudain que sa femme et ses deux enfants devaient être en train d’observer. Il leur fit face pour leur présenter son amie.
- Chérie, voici Summer, la psychologue de notre cabinet.
Sarah se leva pour lui serrer la main.
- Je croyais que c’était un homme, Tom quelque chose.
- Il a démissionné, il y a quelque temps déjà. Christian a engagé Summer pour le remplacer.
Jesse et Charlene étouffèrent un fou rire. Christian embauchait toujours des jeunes femmes attirantes, peu importait qu’elle soit douée dans leur travail ou non.
- Et voici mes deux enfants, Jesse et Charlene.
Ils firent tous les deux un signe de la main
. - Tu veux te joindre à nous ? proposa-t-il à Summer.
- Je ne veux pas m’imposer.
- Mais non, pas du tout.
Il prit une chaise à une table vide.
- M’man, on peut aller faire un tour ? demanda Charlene pendant que Summer s’installait.
- Ouais, tu n’auras qu’à m’appeler, ajouta Jesse en agitant son téléphone.
Sarah soupira. De toute façon, elles ne pouvaient pas continuellement les forcer à rester.
- D’accord, mais ne vous éloignés pas trop. Et restez ensemble.
Ses enfants se levèrent à la seconde où elle ouvrit la bouche. Ils s’éloignèrent rapidement du restaurant. La boutique d’à côté vendait des cartes postales. Jesse s’y engouffra le plus rapidement possible. Il vérifia que Charlene se trouva derrière lui et percuta une jeune fille.
- Merde !
Elle réussit à rapidement camoufler les cartes qu’elle avait volées.
- Tu pourrais pas faire attention !
- C’est bon ça va, calmos !
Charlene resta à distance, regardant d’un œil méfiant la jeune fille.
- T’as un problème, sale mioche ?
- Tu lui parles autrement OK ?! s’énerva Jesse.
Elle recula d’un pas et dévisagea Jesse de haut en bas.
- Papa et maman t’ont pas appris à être poli ? Ou le petit fils de bonne famille fait sa révolte ?
Charlene se rapprocha de son frère, les joues rouge écarlate de colère.
- C’est quoi ton putain de problème, pauvre fille ?
- Et en plus, ça jure, s’exclama-t-elle.
Elle tourna la tête vers le vendeur qui observait la scène d’un air circonspect.
- Venez, on se casse de là avant qu’il nous tombe dessus !
Elle ébouriffa les cheveux à Charlene puis fila vers la sortie. Jesse hésita quelques secondes avant de la suivre.
- Qu’est-ce tu fous ? le questionna Charlene en le tirant par la manche. On ne va pas la suivre, non plus ?
- T’es pas obligé de me suivre, répliqua son frère.
Il rejoignit l’adolescente, laissant sa sœur derrière lui. Ils prirent l’escalator sans rien dire. Ils s’observaient mutuellement, cherchant ce qui pouvait les pousser à être ensemble alors qu’ils étaient complètement différents. Elle mâchouillait son chewing-gum depuis plusieurs heures sans raison particulière. Ses cheveux noirs, embellis de quelques mèches rouges, lui descendaient sur les épaules. Elle porté un fard à paupières très foncé, et son eye-liner et son mascara rendaient son regard encore plus sombre. Elle avait bouché le trou de son jean avec un vieux tissu et sa chemise noire était bien trop large pour elle.
- Au fait, moi c’est Amy, finit-elle par dire en se dirigeant vers le banc.
- Jesse.
- Jessie, Jessie, Jessie, c’est une pisseuse ta sœur.
Elle s’assit et lui fit une grimace.
- C’est Jesse. C’est un E et non un I. Eh oui, ma sœur est une pisseuse. Quoi de plus ordinaire pour une gamine de 15 ans.
Il s’assit à côté d’elle et fixa désespérément le sol.
- Elle est dans l’âge ingrat, alors ! Pas de bol pour toi. D’autres frères et sœurs ?
- En fait…
Jesse hésita. Mentir ou dire la vérité ? Il finit au bout du compte par ne pas finir sa phrase.
- Putain, c’est quoi ton problème mec ? T’es même pas fichu de répondre à une simple question !
Elle lui donna une tape dans le dos.
- Et toi alors ?
- Une frangine de 22 ans. Mademoiselle fait des études de droit dans une université huppée. C’est moi le vilain petit canard de la famille.
- Où sont tes parents ?
- Pas là !
Elle plia ses jambes, posa ses pieds sur le bord du banc et regarda les cartes postales qu’elle avait volées.
- Tu vas où ? lui demanda Jesse.
- Loin d’ici, répondit simplement Amy.
Jesse se renfonça dans le banc.
- T’en veux une ?
Amy lui tendait une carte représentant un monument de la ville. Jesse la prit et la fit tourner dans ses mains.
- À quoi ça va te servir ?
- À rien, répondit Amy. C’était fun, c’est tout.
- Fun ? s’étonna Jesse.
- Ouais, fun, répliqua Amy d’un ton cinglant. Tu dois pas savoir ce que ça veut dire, avec ta petite vie de bourges, mais nous, les pauvres, on aime s’éclater.
Jesse ne répondit rien. Il ne savait pas quoi dire, à part qu’elle avait tort et c’était risible.
- Allez, viens, finit par dire Amy. On va essayer de trouver de quoi s’occuper dans cet aéroport pourri.
Jesse la suivit sans broncher. Il n’avait rien d’autre à faire et il était irrésistiblement attiré par Amy, comme un aimant par le fer.