The WireEn tant que cofondatrice de Critictoo (le site que tu dois linké, visité et faire la pub, merci!), c’est une question que je me pose régulièrement. D’abord, pour savoir ce que regardent ceux qui ne sont pas comme moi (c’est à dire 99% de la population) et ensuite pour comprendre.
Sur internet, on croise au détour d’un carrefour beaucoup de pseudo-sériphiles, c’est à dire des gens qui ont découvert la télévision avec Buffy et Lost, et qui croient mieux savoir que leur voisin ce qu’est la qualité télévisée et qui crachent tant qu’ils peuvent sur les productions françaises, tout en criant au génie pour les productions anglaises, et en dénigrant CBS (la chaine diffusant CSI pour ceux qui ne le savent pas). C’est facile, c’est gratuit, sans aucun intérêt et sans aucun fondement.
Je ne dénigre pas mon voisin, car il n’a pas les mêmes goûts que moi, ou les mêmes centres d”intérêts. Je ne suis pas sportive, je ne supporte pas les réflexions d’un sportif. Par conséquent, je traite avec tout le respect qu’il se doit, le spectateur lambda ou le sérievore. J’écris des critiques, et quand j’écris pour Prison Break (gros succès, il faut le dire), je n’écris pas pour le type qui regarde The Wire. C’est un fait, et les élitistes de la télévision refusent de l’admettre. Je traite la série pour ce qu’elle est. Malheureusement, sur la toile, beaucoup trouve à l’évidence plus facile de cracher, si la série ne rentre pas dans leurs standards, ou avec un peu de chance, tout le monde crache dessus.


Restons avec Scofield, c’est un bon exemple. Si les sériephiles vous disent que ce n’est pas bon, alors ils croient normal de dénigrer la série. Or, on en est tous, je l’espère, conscient, Prison Break n’a que pour vocation de faire passer 45 minutes. Aucune crédibilité, quasi-pas de cohérences, mais on s’en fout, le but c’est de réussir à savoir maintenir le suspense, la pression, et que le spectateur y croit. Voilà exactement ce qu’on attend de la série. Et dire alors quand elle réussit ou non.
Prison Break, ce n’est pas The Sopranos. Quand on regarde/regardait les Sopranos, on n’éteint pas nos neurones. On ne veut pas du suspense haletant, on attend que David Chase fasse ce qu’il fait de mieux, qu’il nous surprenne, qu’on ne sache pas obligatoirement où on va, que le monde dans lequel on évolue soit dépeint avec sincérité, réalisme, sans fioritures, ni caricatures.

Par conséquent, si, oui, The Sopranos est le symbole même de la série de qualité (c’est à dire la meilleure), on peut être apte à regarder Prison Break et à en faire les critiques, en offrant aux spectateurs qui nous lit le respect qui lui ait dû. Je crois que c’est important. Il faut savoir classer ses séries, comprendre qui elles visent, qu’elles sont leur but premier, et les traiter en tant que tel, en comprenant aussi que le type devant sa TV n’est pas vous, il ne va pas aller télécharger la dernière série ITV (The Fixer, qui n’est pas mal du tout), car il ne sait pas toujours ce que c’est ITV.

Tout ceci inclut qu’il faudrait pousser les questions plus loin, pour savoir ce qu’il en est, comprendre qui regarde quoi :

Homme ou femme?
Age?
Niveau d’études?
Métier?
Séries regardées?

Y a t-il alors moyen de dresser un portrait du téléspectateur, et de pouvoir ainsi comprendre qui est la cible? Après tout, la culture, cela se cultive, et les goûts, cela se choisit.

Dans ce petit jeu, je ne peux pas me prendre pour ex, la liste est beaucoup trop longue. Par conséquent, ce sera quelqu’un d’autre! Eh oui, c’est d’une logique implacable :

Homme ou femme? Femme
Age? 28
Niveau d’études? Niveau Bac
Métier? Assistante-comptable
Séries regardées?
- En cours : Stargate Atlantis, Monk, Brothers and Sisters, CSI, CSI : NY, Criminal Minds, New York Unité Spéciale. Without a Trace, One Tree Hill, Desperate Housewives, NCIS
- Finis : Stargate SG-1, The West Wing, Friends, Babylon 5
(que des séries américaines, je le précise)

Dans le cas de la liste séries en cours, il s’agit de ce que la personne regarde donc, sans omission, ou presque. Une moyenne de 11 prouve qu’il s’agit de quelqu’un qui regarde quand même assez la télévision. Pour les séries finies, il s’agit avant tout de ce qui est marquant pour la personne, c’est-à-dire qu’on a tous nos séries références qui se sont arrêtées. C’est de celle-là don’t il s’agit. Autrement, ce genre de listes est sans fin, et perd un peu de leur signification.

Le questionnaire se devrait d’être plus développé, pour savoir si la personne est un spectateur lambda, un sérievore, un sériephile ou autres (combien de séries suivez-vous en moyenne?). Pour avoir d’autres renseignements rendant le questionnaire plus poussé. Enfin, vous voyez le genre. Des questions types cochez vos genres préférés? Quelle est votre série préférée? Téléchargez-vous des séries, et dans quelles proportions? Enregistrez-vous des programmes? Suivez-vous vos séries en VO ou en VF? Pour quelles raisons? Enfin, le classique!

L’exemple étant bien entendu quelqu’un que je connais, je sais dans quelle catégorie se classe la personne, donc pas la peine de demander

Nous partons de l’idée que le spectateur lambda est quelqu’un qui regarde des séries à l’occasion, dans le meilleur des cas, en suit une ou deux régulièrement et assidûment, mais ne s’intéresse pas au genre dans son ensemble. Il se divertit avec ce qu’il a, et cela lui convient parfaitement.

Il existe plusieurs niveaux de spectateur lambda. Mais, comme ici, on considère la télévision comme un art, le fonctionnement est exactement le même que pour le cinéma. Différents degrés dans les trois étapes (lambda, sérievores, sériephiles, pour rappel - au ciné, c’est lambda, cinévore, cinéphile, comme c’est logique!)

Malgré une quantité raisonnable de séries, nous restons dans le champ de spectateur lambda. Nous restons dans le produit de consommation. Il en est de même pour le sérievore, d’une certaine façon, mais comme au cinéma, ce dernier bouffe tout ce qui lui passe sous la main. Nous avons passé quand même le stade de simple hobby, et la personne se forge une culture et des goûts, pas toujours solide, mais il s’agit soit d’un apprentissage, menant à l’étape suivante, soit d’une situation où l’on consomme tout simplement (contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette étape ne mène pas obligatoirement à la suivante - comme avec le cinéma, je vous dis!)

Ici, il s’agit donc d’un spectateur lambda plus poussé. Mais, qui n’approche pas du second niveau.
La personne en question est à la base quelqu’un qui regarde pas mal la télévision, qui fait fonctionner son magnétoscope, et qui va même jusqu’à télécharger quelques-unes (nous dirons les préférées). La série reste cependant qu’un simple produit de consommation.

Qu’y a-t-il à tirer de tout ceci ?

Des séries s’expliquent par l’âge : Stargate SG-1, The West Wing, Friends, Babylon 5.
Les séries finies sont vraiment le symbole d’une tranche d’âge. L’adolescent de 15 ans a peu de chance d’avoir vu Babylon 5 (et franchement, on a du bol s’il connait), un peu plus The West Wing, car France 4 la diffuse, mais de là à ce qu’il se soit regardé les rediffusions…Ça fait 8/9 ans quand même.

D’autres prennent forme grâce au profil : c’est une femme, ce qui explique en partie l’attirance pour le genre policier et pour le soap.
La série étant vue comme un simple produit, les séries policières sont souvent ce qui passe le mieux auprès de tout public, surtout, je dirais, entre 25 et 90, hommes et femmes confondues. C’est large, oui, mais c’est comme ça. Quand vous rencontrez quelqu’un qui ne regarde que du policier, quelque que soit la quantité, c’est en règle général, le consommateur de base. Il y a bien entendu exception, tous genres à ces vrais fans.
One Tree Hill est l’expression soapesque de la personnalité, souvent chez la gent féminine. D’un autre côté, je ne suis pas franchement fan de l’homme qui aime regarder ce type de série, pour moi, ce n’est pas normal, mais un étrange phénomène a démocratisé cela. Moi, je veux qu’un mec me dise qu’il regarde The Shield, je n’y peux rien, c’est ainsi (notez que j’aime quand il a bon goût!).
Cet aspect s’exprime aussi à travers Brothers & Sisters, série feuilleton familial, et Desperate, soap.
Ce sont des séries ABC, à destination des femmes. Comme le dit Fabien, ABC, ce n’est pas Lifetime, mais bon… La chaine le sait très bien, elle vise avant tout la gent féminine, et c’est pour cette raison que Big Shots a d’ailleurs vu le jour, dans le but précis d’attirer une autre clientèle. La chaine semble essayer de se diversifier. On ne va pas lui reprocher, ce type d’initiative est toujours bonne, que cela réussisse ou non.

Un petit coup rapide montre que la personne ne regarde pas le câble américain. Certains pensent que c’est là que se trouve le haut du panier télévisuel. C’est une théorie plus ou moins à revoir, l’évolution du câble entrainant obligatoirement une évolution du network, la donne n’est alors plus la même. Mais, en l’occurrence, la personne a 28 ans. C’est-à-dire qu’elle avait l’âge de suivre la révolution HBO, comme on va l’appeler, c’est à dire en gros, Oz, les Sopranos, Six Feet Under, Sex & The City, et les autres hein! On ne va pas tous se les faire.

L’absence de série de câbles, pour une personne de cet âge démontre réellement qu’il s’agit d’un spectateur qui consomme, et qui cherche avant tout une série de divertissement. Ni plus, ni moins. Aujourd’hui, le spectateur lambda a accès aux séries de câbles US, mais il y a alors un tri possible qu’on peut effectuer pour savoir à qui on a affaire. J’ai une amie qui a regardé Dexter. Et qui regarde Smallvile. Voilà, tout est dit. Dexter n’est pas symbole de la série pour adultes, qui vise des adultes, et qui touche des adultes, avec une prétention intellectuelle. D’ailleurs, lire le livre est suffisant pour s’en rendre compte. Elle regarde Nip/Tuck aussi. On sait tous que la série a vu le jour pour son côté provoc. On peut me lancer des pierres si on veut, j’admets volontiers que si j’avais été à la tête de FX, j’aurais moi aussi lancé la série. Mais, cela n’empêche pas de rester honnête. Nip/Tuck, si cela touche du monde chez nous, c’est que c’est provoc et qu’il y a du sexe.

Mais, je m’égare, et ce n’est pas bien du tout. Vous allez me dire, pour le moment, à part faire une étude de profil, et cetera, on ne voit pas trop où ça va. La logique est assez simple. Ce que les gens regardent, et la quantité qu’ils regardent, cela définit leur statut de spectateur, mais aussi classe certaines séries.
The Wire est réputé pour être une série pour spectateur averti, c’est-à-dire pour adulte réfléchi, qui juge la série comme un art, et non comme un loisir. De même, c’est là que se situe les séries Rome, The Sopranos, Six Feet Under, Rescue Me, The Shield… On voit le genre.
Il y a le degré en dessous, c’est-à-dire des tentatives de jouer dans la cour des grands. On ne citera rien pour ne fâcher personne.
On peut classer les séries par genre, par cible visée, par potentiel commercial.
Il est évident que Prison Break, 24, Heroes, sont avant tout là pour toucher un large public, et ainsi, ce n’est pas vraiment l’amateur de séries qui est derrière son téléviseur.

Le network fait un produit commercial, la question est de trouver le bon équilibre entre qualité et produit. C’est là où des séries comme la récente Life, par exemple, se placent. La série touche dans un genre policier, permettant de tabler large, avec un héros atypique pour attirer, mais sans pour autant rester sur la route toute tracée, la série se crée sa propre identité dans son style d’écriture, dans son histoire, dans ces personnages. Ce n’est pas CSI : Miami à l’évidence.

Une série comme Psych n’est là que pour offrir au spectateur une bonne tranche de rigolade. C’est le but avoué du créateur. Il n’a pas d’autres ambitions, et il est évident qu’on sait alors très bien qui regarde ce genre de série.

Si le sériephile peut alors être exigent, quand il regarde 30 Rock ou HIMYM, il sait qu’il a une sitcom originale, et une sitcom classique. Ainsi, s’il écrit des critiques, il connaît sa cible, et sait comment il doit traiter la série. Il est important de savoir qui est la cible. On ne parle pas de tout et de rien de la même façon.

D’où la raison de se poser la fameuse question : Que regardes-tu comme séries télévisées ?