The Wonderful World of Carol

Night Watch, les sentinelles de la nuit de Serguei Loukianenko

Publié par : carol le : février 2, 2008

night watch couverture 01Après avoir emprunté le livre à la médiathèque pour Fabien, j’avais encore le temps de le lire. Ainsi, peu de temps avant de l’ouvrir, j’ai regardé Day Watch, car ça m’a prise comme ça, un soir, j’ai eu envie de le regarder. Le film n’est pas encore sorti chez nous, mais il est disponible en DVD zone 1 et dans sa version unrated. D’ailleurs, je cherche à savoir où je peux me procurer la version russe et non américaine du premier (pas chez nous, à l’évidence) donc si quelqu’un à des informations sur l’édition belge, américaine, ou je ne sais de quel autre pays, je suis preneuse.

474 pages se trémoussent devant moi, avec un pitch de base bien connu en Russie, et sûrement beaucoup moins chez nous :

Vous appartenez déjà au monde des Autres, mais vous ne le savez pas… Depuis plus de 1000 ans, défenseurs du Bien ou forces du Mal, les Autres vivent parmi nous dans une trêve fragile. Aujourd’hui, cette trêve est menacée. Le Bien va combattre le Mal. Sentinelles de la Nuit contre Sentinelles du Jour.

Nous allons donc suivre Anton Gorodetsky, sentinelle de la nuit, nous raconter ses mésaventures. C’est écrit à la première personne, et cela peut surprendre un peu. On aurait pu s’attendre à un procédé moins engagé, le concept du « je » forçant à se focaliser sur un seul et unique personnage.

Mon premier obstacle fut de réussir à me détacher de l’œuvre cinématographique. Assez difficile quand on vient de regarder le film. Le livre et le film possèdent de grandes différences, dont je vais évidemment parler, mais la principale, et à mon avis, la plus gênante au départ, est la personnalité d’Anton. Dans le film, notre héros s’est retrouvé parmi les Autres, car il a voulu tuer son fils, voué à un grand destin. Cela a conduit Anton à devenir quelque peu dépressif. C’est un personnage assez noir, et on peut dire que la vie s’acharne sur lui. Dans le livre, pas de tout ça. Anton n’est pas dépressif. Je ne sais pas si on peut dire qu’il est heureux, mais tout du moins, il vit comme il faut. Il n’a pas essayé de tuer son fils, c’est le chef du contrôle de la Nuit qui l’a repéré. Alors quand vous avez passé 4 h en compagnie d’un homme meurtri, se retrouver avec le Anton du livre est au début déconcertant. C’est ce qui a bloqué ma progression du livre dans ses débuts.

Ce bouquin se sépare en trois histoires, que je vais aborder séparément :

Histoire numéro un : Un autre destin

night watch couverture 02Cette histoire correspond d’assez loin au premier film. Nous retrouvons Egor et Svetlana, mais leur rôle diffère plus ou moins. Dans le film, le centre est Egor, le fils d’Anton, qui a donc survécu bien que son père est tenté de le tuer. Le gamin a grandi, et de fil en aiguille, va se retrouver en danger. Je ne vais pas révéler tout le film quand même. Ici, on suit plus ou moins l’idée de base. Egor n’est pas le fils d’Anton, mais ils vont sympathiser. Anton va faire équipe dès le début avec Olga (qui arrive bien plus tard dans le film) et qui est une chouette. Dans le livre, elle ne peut se transformer en humaine que 30 minutes par jour. La situation se Svetlana est la même dans le film et dans le livre, sauf qu’elle occupe une plus grande place. Disons que ce qui nous est explicité dans le deuxième film, nous est dit ici. Svetlana sera une grande magicienne, ultra puissante. A la fin du premier film, cela, nous ne le savons pas. Le film se concentre sur Egor, alors que dans le livre, Egor sera mage, mais ne sera pas une force de grand poids. C’est donc pour Svetlana que l’on se bat, et pour personne d’autres. Le reste, ce ne sont que des pions sur un échiquier. Car, dans le livre, il y a de la manipulation, beaucoup. On joue avec le destin, pour favoriser son camp. Dans cette histoire, les procédés mis en place, les personnages secondaires, et les principes ne me dérangent pas. J’avoue que par la suite, je partageais beaucoup l’impuissance d’Anton, cette impression de n’être qu’une simple marionnette, et à la différence de lui, j’aurais bien choisi de mettre un bon coup de poing dans la figure du chef, qui j’avoue, m’exaspérait au plus haut point. Comme s’il était tout à fait normal d’abuser les autres comme il le fait. Finalement, le désespoir d’Anton à la fin est assez compréhensif, sa façon d’agir aussi, peut-être, si ce n’est que j’aurais pété un câble si j’avais été lui. Et c’est sûrement cela qui m’a un peu frustrée, le manque d’action de notre héros !

Histoire numéro deux : Seul parmi les autres

night watch couverture 03Le fait qu’Egor ne soit pas le fils d’Anton change complètement toute l’histoire. Sauf qu’ici, on accuse bien Anton d’être responsable de meurtre de mage noir. Mais, on connaît le coupable dès le début, et ce n’est pas celui du film. Pour ne pas trop en révéler pour ceux qui n’ont pas vu le film, le coupable au cinéma n’est pas présent dans le livre.

J’oublie de le spécifier, mais il s’agit du film Day Watch. Le deuxième film adapte la deuxième histoire et non le deuxième livre.

Ce qui m’a un peu déçue est, disons, l’évolution de la relation entre Anton et Olga. On a quand même l’impression d’une certaine complicité dans le film dû au fait qu’ils ont été partenaires. Elle est quand même là pour lui, alors que dans le livre, j’ai trouvé Olga très prétentieuse et imbue de sa personne (cela est à mon goût encore plus présent dans la troisième histoire). Le chef Boris commence à ce niveau là à m’exaspérer au plus haut point et cela touchera son apogée dans la troisième partie, avec leur éternelle tentative de soi-disant faire le bien, de jouer avec le destin, et patati et patata… Des discours que je trouve assez vides de sens, et par conséquent, j’admets que je suis bien plus curieuse maintenant de lire Day Watch, car au moins, et même selon la vision d’Anton, on a vaguement l’impression que le contrôle du jour est bien moins hypocrite et presque plus honnête.

Donc, l’histoire permet de faire évoluer Svetlana, qui apparaît comme un objet qu’on veut utiliser. Je crois aussi que je préférais la Svetlana du film, elle me semblait plus intelligente. C’est un peu le défaut du livre, à mon goût, le manque d’intelligence d’un certain nombre de personnages. Boris et Olga semblent tous deux avoir un ego astronomique, et Sveta apparaît comme une gosse. Anton quant à lui est presque un pantin désespéré. Faut dire aussi qu’on ne veut jamais rien lui dire, et qu’on lui ment depuis le début. Alors, bon, on le comprend un peu.

Si on oublie des personnalités chancelantes, l’histoire du tueur n’est pas mal. Je ne suis pas particulièrement fan de l’implication des Contrôles là dedans, et en fait, j’aimerais bien que dans la suite, il arrive des choses qui font que les Contrôles sont victimes d’actions des hommes et non qu’ils dirigent tout, ce serait bien plus intéressant. Mais, il n’empêche, notre tueur est assez intéressant, et c’est bien mené.

Histoire numéro trois : Réservé aux autres

night watch couverture 04Dans cette partie, nous assistons à la conclusion. Tout ce qui a été mis en place dans les deux précédentes histoires trouve sa conclusion ici. Ou, plus ou moins. On retrouve l’élément de la craie présent dans le film Day Watch, mais son utilisation n’est pas du tout la même et son utilité dans le livre complètement différente.

Ce qui m’a pas mal plut ici, c’est qu’on s’intéresse aux Autres, Tigron, Semion. Il s’agit de deux personnages assez intéressants, et hors quelques moments un peu trop jugement de valeur, ils recèlent tous deux d’un potentiel bien plus important que beaucoup d’autres personnages mis trop en avant. Par contre, pour qu’il se passe quelque chose, il faut attendre longtemps. Un évènement arrive au début, et il faut attendre les deux derniers chapitres pour qu’Anton, qui passe la moitié de son temps à se souler ou à poser des questions pour enfin savoir quelque chose, réussisse justement à avoir des informations et à agir.

La façon dont Egor est lié à l’histoire est à mon goût assez exagéré. Son rôle aurait pu être joué par n’importe qui, c’était un peu histoire de dire, car il fallait quelqu’un qu’on connaisse. À moins que cela n’est une répercussion dans la suite, bien entendu, et cela, je ne saurais le dire.

Pas de réelle conclusion. Le livre clôt les histoires mises en place, mais ouvre une porte pour la suite.

Le livre, dans son ensemble, a du potentiel. L’idée de base est intéressante, l’univers qu’on découvre aussi. C’est surtout cela la force du livre. Le tout est assez alléchant pour qu’on s’intéresse à la suite, qu’on veuille lire la suite (ce qui va être assez dur, vu que seul Day Watch a été traduit chez nous, alors qu’il y a en tout quatre livres). Le livre se trouve être très différent des films, permettant de voir ça comme deux œuvres bien distinctes.

L’ouvrage n’est pas parfait, mais possède assez d’ingrédients pour le rendre attrayant.

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