Fight club

Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d’autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C’est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin ou il va pouvoir retrouver sa virilité, l’échange et la communication. Ce club est dirigé par Tyler Durden, une sorte d’anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l’amour de son prochain.

Edward Norton. Brad Pitt. David Fincher. Un livre. Un film. Déjà au panthéon du cinéma. Il y a des fans et des détracteurs, quoi qu’il en soit, on ne reste pas téléspectateur passif devant le film.

Les groupes d’anonymes

Pour commencer, je vais faire ma petite révélation de début : Fight Club est un de mes films préférés, et oui, je n’ai pas lu le livre. Je compte bien y remédier, pour le moment, je ne parlerais que du film et rien que du film, avec l’œil du spectateur, et en plus, sans influence. C’est merveilleux, non ?

Nous commençons avec le narrateur, incarné par Edward Norton, qui en a marre de son existence pourri, au point qu’il rêve d’un accident d’avion. Pour connaître des sensations. Son seul plaisir : l’achat IKEA. Le consumérisme à l’état pur. Bouffé par la société, se conformant perpétuellement à ce qu’on attend de lui, il devient insomniaque, et cela le bouffe encore plus, rend sa vie encore plus irréelle. Pour réussir à dormir, un exutoire : les groupes d’anonymes. Là est ma pure et simple idée à moi. De ce que j’ai lu, beaucoup passe directement à Tyler Durden, et ne s’arrête pas sur ce début de film alors qu’il dure un petit moment. Ou alors, simplement sur Marla. Autre théorie, mais là j’emmêle tout. Donc, revenons à nos moutons, et aux groupes. Pour réussir à dormir, le narrateur passe de groupe en groupe pour pleurer. Il est devenu accro. Aussi anodin que cela soit, c’est assez réaliste. Le narrateur ne fume pas, d’ailleurs ne boit pas, et consomme Starbucks plus pour rester éveillé que comme drogue. Il n’a pas de drogue. La sienne sera alors les groupes. Il apparaît assez évident que dans notre société aujourd’hui, chacun a un exutoire pour faire passer la pilule : une drogue. Que ce soit le chocolat ou la caféine, ou du bien plus dur, il n’est que question de passer ses nerfs, sa frustration, avoir un soulagement grâce à quelque chose dont on est volontairement ou involontairement accro. L’intervention de Marla Singer va tout chambouler.

Suddenly l realise that all of this, the gun, the bombs, the revolution, has got something to do with a girl named Marla Singer.

Certains ont émis une hypothèse. Tout ça n’est qu’une histoire d’amour. Je ne vais pas développer, car je ne suis pas pour. Ce n’est pas une question d’amour. Ou un peu, avec une question de conscience. Cette histoire de Marla est le simple déclencheur. Et aussi, en partie ce qui va pousser le narrateur à s’opposer à la fin – ça, c’est pour plus tard. Je pense qu’il n’y a pas besoin d’amour dans une telle histoire, de dire que c’est l’amour qui nous sauve ou quoi que ce soit, et je pense, que j’ai raison. C’est la maladie de l’homme d’être fleur bleue. Si on se veut être réaliste, dans un film qui critique la société, alors évitons tout un concept inventé par les publicitaires.

Ce que le narrateur entendait par cette histoire de : « tout a commencé avec Marla » c’est que sans l’intervention de la demoiselle, Tyler Durden ne serait peut être pas devenu aussi puissant. L’homme est déjà là, en flash (vous pouvez le voir si vous faites gaffe), mais il ne domine pas. Marla la touriste bouleverse l’harmonie qu’a trouvée le narrateur en allant à ces groupes. Alors, il va devoir, malgré un compromis, passer au stade supérieur.

Fight Club

The first rule of Fight Club is - you do not talk about Fight Club.

Le narrateur va rencontrer Tyler Durden (Brad Pitt), vendeur de savon, dans un de ces voyages en avion. Et va le rappeler, sans véritable raison, après que son appartement ait brûlé. C’est là, véritablement là que la société de consommation est remise en cause, en même temps que notre système de valeur (souvent bien oublié par les analyses faites sur le film). En rejetant notre consumérisme, il rejette ce qu’on lui a inculqué. Grâce à Tyler Durden, notre narrateur va apprendre, si on peut dire, à ressentir. A ressentir, à vivre, comme il l’entend. Il s’agit alors de rejet. Rejet de l’enseignement parental, de l’enseignement scolaire, rejet de ce que la société veut qu’on soit. Il s’agit d’être soi, et de ne pas être quelqu’un d’autre. Au passage, l’homme réalise à quel point l’attachement matériel est superficiel. Nous n’en avons pas besoin. C’est la pub qui nous faire croire que nous en avons besoin. « Advertising has us chasing cars and clothes. Working jobs we hate so we can buy shit we don’t need. ». C’est ainsi que la société fonctionne. Tyler Durden va alors apprendre au narrateur à vivre différemment, à bazarder son ancienne existence pour en vivre une autre, rempli de satisfaction. Bienvenue dans le nihilisme. Pour assouvir, cette idée, l’homme, animal bridé, a besoin de violences (il faut admettre que dans ce film, la véritable place de la femme face à ce problème de consumérisme et son échappatoire possible n’est pas abordée). La société apprend à l’homme que se taper dessus n’est pas bien, mais quand on est nihiliste, on peut très bien choisir de répondre à ses instincts primaires. Ne répondant plus au code imposé par la société, la violence peut se transformer en simple exutoire (n’est-ce pas alors leur drogue à eux ?). C’est ainsi que le Fight Club va voir le jour, rendez-vous clandestin d’hommes qui ne font que se taper dessus. Je tiens tout de suite à dire que pour ces histoires de chaos et d’anarchie, je ne suis pas très réceptive. Difficile de créer l’un des deux dans un club régi par 8 règles. Ce n’est que mon opinion. Après, il est tout à fait possible que je sois passée à côté, et je suis ouverte à toute proposition. Comme tout, rien ne stagne, tout évolue, le Fight club avec…

the first rule of Project Mayhem is you do not ask questions

C’est, je dirais, une partie du film, apparemment incomprise la plupart du temps. Trop basé sur la critique du consumérisme, ou partisan de cette critique, un certain public a comme occulté le fait qu’on pouvait quand même se permettre de critiquer le consommateur. Et bien plus pour l’occasion.

Tyler Durden va faire évoluer le Fight Club, doucement, mais sûrement. C’est là qu’il y a déconnexion. Apparemment, certains ne comprennent pas pourquoi les hommes de Durden réagissent aussi stupidement, tout en traitant Tyler d’hypocrite pour créer disons « sa propre société » si on veut, alors que c’était ce qu’il dénonçait. Ce que cette histoire de Project Mayhem démontrer, c’est que, société de consommation ou non, autre système de valeur, l’homme est un mouton. Le troupeau suit le chef, le troupeau a besoin d’un chef. D’ailleurs, les réactions du narrateur, qui est agacé par le fait de ne pas savoir ce qui se passe en est la preuve. Au départ, il va s’y mêler, car il ne veut pas être mis à part, il veut en faire partie. Il ne veut pas être rejeté. Un peu comme on repousse un camarade dans la cour, car il n’a pas la dernière babiole à la mode. C’est de ça, en partie dont il est question. L’homme suit le mouvement pour faire partie du mouvement. Et surtout, il ne se pose pas de questions. C’est, bien sûr, poussé à l’extrême. Il est pourtant question de montrer que le consumérisme était peut être un mal, mais même sans, le problème est toujours là. Pour ce qu’il est de l’hypocrisie de Tyler, je pense que l’être humain étant avant égoïste, et l’homme étant nihiliste, ces réactions sont tout à fait logiques, et va dans l’évolution du film. Tyler est quand même beau, six-pack et de mieux en mieux sapé à outrance plus le film évolue. Cela signifie-t-il alors que c’est un menteur, ou n’est-ce pas plutôt la logique de Tyler qui est là ? Dire que l’on se fout, que la possession d’objet n’a pas d’importance ne signifie pas qu’on n’achète rien. Il s’agit de ne pas être attaché. La société apprend a donner de la valeur à des choses qui ne sont pas censées en avoir. Il s’agit aussi de l’idée évoluant dans l’esprit du narrateur, qui fait son chemin. Sa mentalité évolue. Durden avec.

Le beau plan de Durden est alors de faire sauter les sociétés de crédit pour retourner à la case départ. Création, là, du chaos. Le narrateur réalisant ce qu’il se passe, de plus en plus en opposition, va commencer à se réveiller.

 

fight club

You decide your level of involvement

Le narrateur, en plus d’être opposé à Durden, va découvrir qu’il est Durden. Au premier visionnage du film, c’est cet aspect qui m’avait le plus enthousiasmée, je me foutais de tout le reste. Moi, la critique du consumérisme, je m’en cognais le coquillard. La schizophrénie du narrateur, par contre, ça, c’était un coup de maitre. Un vrai. Je pense que cette idée est toujours sous-estimée par trop de personnes. Tellement fixé sur les idées de bases que la sous-jacente n’est pas assez visible. Il s’agit d’évolution. Pour devenir qui il est, le narrateur avait besoin d’aide. Il a crée Tyler Durden. Ce dernier l’a aidé à rejeter ce qu’on lui avait appris à être toute sa vie, pour sortir de la vie dans laquelle il s’était embourbé. Après avoir rejeté ce système de valeur, le narrateur devait en rejeter un autre : son professeur, Tyler Durden. Il avait appris ce qu’il fallait de lui, il était temps qu’il devienne lui-même, une sorte de compromis, une évolution, qui après avoir été à l’extrême, à réaliser à quel point cela pouvait être tout autant mauvais. L’un des importants déclics est la menace portée sur Marla. Le narrateur a ses limites, et faire du mal à autrui, tuer quelqu’un en est une. Il y est opposé. Marla est alors une nouvelle fois l’instrument de son acceptation de soi (d’un point de vue de stabilité). La petite morale de l’histoire est qu’il faut trouver une stabilité dans ce bas monde. Le rejet total du système n’est en rien la solution, tout est une question d’équilibre. Le narrateur a réussi à trouver cet équilibre, et pour l’atteindre, il doit éliminer Tyler. Je sais que dans un film qui critique le consumérisme, arrivé à la conclusion que le consumérisme n’est pas en soit, si mauvais, peut paraître stupide. Mais, à mon avis, il y a, au vu de l’évolution de la thématique un peu de ça. L’endoctrinement, la façon de consommer sont néfastes, mais l’équilibre de toutes ces choses doit se faire. Elles sont là, sous votre nez, on ne peut pas le renier, cela n’empêche pas d’améliorer, d’évoluer. C’est à nous de choisir la valeur que l’on donne aux choses, à choisir notre degré d’implication.

Sur ce, il y a encore plein de belles idées sous-jacentes, de beaux mots que je voulais écrire, et que j’ai oublié en cours de route. Je voulais parler de ces critiques faites au sujet que ce soit produit par un gros studio, les raisons et la place des marques dans le film… Beaucoup de sous thèmes aux thèmes.

Fight Club est devenu la référence du genre pour tout film touchant à notre société de consommation. Finalement, Fight Club est bien plus que ça.